Et bim! Nous entrons dans le pays excitant et inquiétant.

En venant du Turkménistan nous entrons par Quchan et passons quelques jours à Mashad : LA ville sainte iranienne, on commence fort…

Quand on a préparé notre voyage en 2018, le climat politique était plus serein… Depuis, on sait que les tensions politiques montent, et que c’est risqué. On en a pas mal parlé ces derniers jours avant de se décider, enfin Philippe a pas mal argumenté pour me convaincre. Mais on voulait y aller. C’est un point fort de notre voyage, en plus on sait que les iraniens sont réputés hyper accueillants, ouverts et curieux des touristes. Ça serait bête de passer a côté (et faut bien le dire, compliqué). Alors oui je continue de psychoter un peu, mais on y va. Et évidemment on reste prudent.

Passage de la douane sans encombre. Ça commence par la visite du camping car. Je fais entrer le douanier et il me dit direct de mettre le voile… Ha Ok! Dès maintenant?! En même temps fallait bien que ça arrive à un moment donné. Il a ouvert presque tous les placards du CC. Nos papiers étaient ok, on n’a pas réussi à éviter le coup de tampon sur le passeport. Normalement ils peuvent le mettre sur le visa volant. C’est pas grave…

On trace la route, à travers la montagne aux alentours de 1500 m d’altitude, pour joindre la ville de Quchan. En fait la majorité du pays est en altitude : un plateau entre 1000 et 1500 m parsemé de montagnes.

A Quchan, je m’aperçois que j’ai peu d’habits amples et qui couvrent assez pour rester inaperçue.. Toutes les femmes sont évidemment voilées, mais beaucoup sont en tchador. Ça commence bien, je ne me sens pas à l’aise. Pour les premières nécessités logistiques, c’est donc Philippe tout seul qui s’y collera. On se gare dans un parking gardé. Le gardien dit à Philippe que c’est gratuit pour nous. Après petite réflexion, première bourde! On a oublié « le Tarouf!!! ». Nous sommes dans le pays du tarouf, il faut très souvent insister pour payer les commerçants. Il faut minimum aller jusqu’à 3 fois. Il faut le savoir. Donc là nous sommes déjà passés pour des malpolis. Je demanderai à Philippe de retourner voir le gardien pour le payer mais il n’était pas là au moment où nous sommes partis… Étape suivante, le change de dollars en rials. Beaucoup de banques étaient fermées, mais Philippe s’est fait aider par un petit vieux qui lui a indiqué où aller. Une fois à la banque, apparemment personne n’avait l’habitude de la manip; mais ça s’est finalement bien passé, via traduction des chiffres arabes en chiffres latins. Philippe était même surpris du taux de change effectué (explications dans la fiche pratique Iran). Cool! Ensuite, la carte SIM. Alors là pareil, il n’y a pas vraiment d’enseigne spécifique pour acheter une carte. Ça se fait via les vendeurs de téléphone. Et tout est écrit en perse/farsi (écriture arabe). C’est un copain du gardien, Mohammad qui parlait super bien anglais, qui guidera Philippe jusqu’à la bonne enseigne. Une fois ceci fait, Philippe me retrouve dans le camping car. J’ai l’impression d’être punie, car soit je garde le voile dans ma maison, soit je ferme les volets! Ben oui ma bonne dame. L’acclimatation pour moi n’est pas facile.

Nous appelons nos familles pour prévenir que tout va bien, puis, plus de réseau! Nous apprendrons le lendemain matin, que « des papiers sont en cours d’acheminement » pour activer définitivement la carte… Mouais.

On prend la route, direction Mashad. Sur le chemin nous rencontrons Elias et sa famille qui nous expliquent la récolte du safran qui se déroule en ce moment. Malgré nos nombreux refus, nous repartirons avec une énorme poignée de fleurs. On aura réussi à échanger un petit cadeau quand même. Puis visite de la tour de Radkan. Construite au 13ième siècle par l’astronome Nasir Al-Tusi, elle permet de connaitre le mois de l’année en fonction de la position du soleil.

Une fois à Mashad, comme nous nous sommes fait envoyer la carte de crédit touristique iranienne mahcard dans un hôtel (idem voir la fiche pratique Iran), et que l’hôtel nous a gentiment fait comprendre que si pas de réservation, pas de courrier, nous avons réservé à l’hôtel. Cela dit c’était un 5 étoiles, avec tout le tralala, on a refusé de donner les clés du camping car au voiturier, et on avait un pauvre petit sac à dos à faire porter au room service :D… La chambre pour 40 €, cool! De quoi me détendre aussi en voyant une clientèle beaaaaucoup plus décontractée. C’est à dire, un bon mélange entre tchador et simple écharpe posée sur les cheveux, ouverte sur le devant, jeans, et blousons courts. Ouf! Je peux arrêter ma fixette. Mais faudra quand même que je trouve un manteau plus long que mes doudounes et que je m’adapte selon les endroits et la population.

Comme c’est férié, nous passerons la journée à l’hôtel, profiter du wifi, écrire, échanger avec des guides pour un roadtrip dans le désert, absorber le drôle de décalage horaire de 2h30… et manger au buffet du restau autre chose que des chachliks et des salades de tomates concombres. J’en pouvais plus! :D. Je me suis gavée de caviar d’aubergine … Mmmhhh. :D. Nous lâchons la chambre le lendemain un peu avant midi, et recevons in extremis le courrier avec la mahcard. Youpiii!!!! Oui, on ne peut pas utiliser nos cartes de crédit dans le pays, et il faut venir avec la somme d’argent que l’on prévoit de dépenser (et donc se trimballer avec). Donc la carte de crédit iranienne est plus pratique.

Nous allons camper au merveilleux (quand ce n’est pas le week-end) parking surveillé du parc de Koohsangi, pour enfin commencer à visiter. On a réussi à dénicher un guide anglophone sympathique, Reza, avec qui nous passerons la journée. Rendez-vous dans la guesthouse de ses parents, sa maman me prête un tchador (obligatoire pour la visite du mausolée de l’imam Reza), on rigole un peu avec les tentatives pour l’enfiler…

Nous commençons par la visite d’anciens bains transformés en musée, avec de très belles vieilles photos exposées. L’architecture est belle et lumineuse, les peintures du plafond sont étonnantes. Ensuite le mausolée de l’Imam Reza. C’est le lieu de pèlerinage des chiites, 2ième lieu de pèlerinage après la Mecque. Ici les non-musulmans n’ont pas accès à tout. J’enfile le tchador avant d’entrer. Les hommes d’un coté, les femmes de l’autre, pour la fouille de sécurité. Et…. Ça ne rate pas. Les femmes de la fouille qui ne parlent pas anglais me demandent si je suis musulmane. Moi toute honteuse, je réponds que je suis catholique (c’te blague). Elle me reposent la question et réussissent à me demander si je suis avec mon mari. Je réponds que oui, ainsi qu’avec un guide. Mais rien n’y fait, elles me disent gentiment de m’asseoir et d’attendre. Cette affaire commence à m’énerver. Au bout d’un moment je peux rejoindre Philippe et le guide qui m’attendent à l’intérieur, près de l’entrée. Puis un autre guide qui travaille ici se présente, il va nous guider pour la visite. Bon, OK! Et finalement ça aura été assez riche! Nous avions déjà quelques connaissances avec nos visites en Ouzbékistan. On a pu aller un peu plus loin avec ce guide, sur l’architecture, par exemple. Le complexe (l’enceinte sacrée) est en perpétuelle construction. Ce n’est pas seulement un mausolée, c’est aussi une mosquée, un centre de recherche, une immense bibliothèque, un musée des tapis et d’autres choses encore. Il nous a expliqué les 2 accès au mausolée de l’imam Reza, le plus important étant ses pieds. C’est là que viennent les pèlerins, toucher les grilles du mausolée, pour une prière, ou un espoir de guérison. Ça fait un peu penser à notre Lourdes. Ce n’était pas l’heure de la prière, heureusement parce qu’il y avait déjà beaucoup de monde. Ensuite nous avons visité le musée des tapis. Certains datent de quelques siècles, les dessins sont impressionnants de précision; on dirait des peintures.

Après cette visite, je me libère du tchador et nous filons au tombeau du poète persan du 10ième siècle, Ferdowsi. Il aura mis 30 ans à écrire « Le livre des rois » : un livre de contes, à la fois imaginaires et inspirés de faits réels. Certains contes ont même quelques similitudes avec la mythologie grecque. Ferdowsi est célèbre car c’est grâce à lui que la langue perse et l’identité iranienne ont été conservées, « un peu contre la langue arabe ». Notre guide nous a raconté plusieurs contes, qui sont illustrés dans le mausolée. La petite anecdote qui fait rire les iraniens, est que son épitaphe est écrite en arabe (ce sont des versets du coran). J’ai quand même fait remarquer que les femmes n’étaient pas très représentées… Mais bon c’est pas un scoop hein… Et aussi, Philippe se fait pas mal photographier… J’ai pas autant de succès que lui, ça me vexe!

Nous avons encore visité 2 ou 3 choses qui ne nous ont pas beaucoup intéressés. Mais c’était une journée bien chargée!

Le lendemain, nous allons faire les boutiques pour me trouver un manteau. Sympas les échanges avec les vendeuses étonnées de tomber sur une touriste :D. Et j’ai trouvé mon bonheur! Ensuite, des courses, un peu de gaz, et dépôt d’argent sur la carte, et il était trop tard pour prendre la route. Maintenant le soleil se couche avant 5h, c’est super tôt!!!!

Nous prendrons la route demain en direction de Yazd, au milieu du pays.

NB : je ne voulais pas m’attarder sur les problèmes de voile et de tchador. On en parle déjà largement trop en France. Pour moi ça devait être une formalité (pas joyeuse, mais) temporaire. En écrivant l’article je me suis rendue compte que ça m’avait pas mal travaillé. Et je me souviens de ma mauvaise humeur avec ce truc entravant qui tombait tout le temps au début.

Quant à Philippe, n’étant pas exposé aux contraintes d’une femme en Iran, il a été très vite conquis par l’accueil des iraniens.

Donc c’est quand même pas simple… Maintenant c’est une affaire réglée.

Catégories : Iran

8 commentaires

Mel · 30 novembre 2019 à 10:24

Coucou, Merci pour cette nouvelle visite virtuelle ! Tu as réussie à faire des choses malgré les contraintes, je suis admirative… Je ne sais pas si j’y serai parvenue sans craquer ou m’énerver !??

    Estelle Rhoo · 1 décembre 2019 à 17:02

    C’était juste le début un peu dur, une fois à Machad ça allait déjà mieux 🙂

Debreucq Michel · 30 novembre 2019 à 16:30

Le voile !! Il fallait si attendre en allant en Iran; mais de plus, vous attaquez par une ville sainte … L’adaptation doit se faire ultra rapide. Je comprends ton énervement au début. Par la suite cela semble beaucoup plus cool.

    Estelle Rhoo · 1 décembre 2019 à 17:03

    Oui on a commencé fort! Ensuite c’est vrai que c’était beaucoup plus détendu 🙂

Cécile M · 30 novembre 2019 à 23:06

Je ne pensais pas qu’on pouvait rentrer dans une ville sainte en étant une femme non musulmane, et en plus tu as pu faire des photos. J’aurais bien aimé faire cette visite…. c’est super de retrouver les posts du blog !

    matthieu constancis · 1 décembre 2019 à 09:13

    Super article. J adore ces visites avec vos ressentis. On se doutait que tu aurais qq difficultés a te faire à ce pays sous l une des loi coranique les plus strict…

      Estelle Rhoo · 1 décembre 2019 à 17:10

      merci :-), oui un peu dur pour une femme. Mais elles ont des combats très importants ici, qu’elles gagnent peu à peu. Elles sont plus indépendantes que dans d’autres pays musulmans : elles conduisent, elles peuvent travailler, avoir compte en banque, demander le divorce. elles ont fait reculer l’age minimum du mariage… C’est pas fini, mais ça avance. Girl power!!!

    Estelle Rhoo · 1 décembre 2019 à 17:06

    Il n’y a pas de contrôle spécifique, les non musulmans sont accompagnés dans le complexe de l’imam Reza pour éviter les impairs. Si on respecte les lieux il n’y a aucun problème.

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